La chatterie du Point du Jour - 19 Rue du collège - 1186 Essertines sur Rolle +41 21 828 38 14

Stérilisation des chats sauvages

Introduction

Un jour peut-être, le promeneur du dimanche ou le jogger matinal rencontrera-t-il, au détour d'un bosquet ou à l'angle d'un champ de maïs, un chat « sauvage », surpris à l'affût d'un loir, et qui s'enfuira, bien sûr à son approche en ne lui laissant guère le loisir de l'observer longuement.

Mais l'observateur en gardera une étrange et fugace impression. Quelque chose d'indéfinissable, que la distance ou la rapidité du félin ne lui aura pas permis de vraiment percevoir. Il y repensera peut-être en caressant son chat familier, ronronnant sur ses genoux, le soir devant la télévision: Qu'avait-il de si étrange, ce chat « sauvage » ? Il avait un petit trou rond à l'oreille gauche.

Problématique

La prolifération de chats errants retournés à l'état sauvage, parfois depuis plusieurs générations, pose un problème chronique dans certaines régions du canton de Vaud. Les nuisances créées par ces populations félines non contrôlées sont entretenues par l'impéritie de certaines « bonnes âmes » qui croient bien faire en nourrissant ces chats, ce qui ne conduit qu'à augmenter leur fertilité. La stérilisation de ces animaux est apparue comme une solution raisonnable d'un point de vue pratique autant qu'éthique.

Ecologie

La réflexion à la base de cette stratégie de stérilisation est d'ordre écologique : les chats retournés à la vie sauvage ont échappé à la condition domestique que l'évolution naturelle et la civilisation humaine leur ont dévolu depuis des millénaires. Ils font en quelque sorte de nouveau partie de la faune, tout en n'y ayant pas leur place, l'espèce felis catus (chat domestique) étant notoirement différente du felis sylvestris (chat sauvage d'Europe).

C'est le sens du terme chat haret Qu'on leur attribue en français. Leur aptitude reproductrice, héritée de leur passé d'espèce domestiquée mais échappant au contrôle de l'humain, conduit à leur surpopulation et rend nécessaire des mesures d'élimination. Mais capturer ces chats pour les euthanasier serait peu opérant à moyen terme car les chats ainsi supprimés seraient rapidement et naturellement remplacés.

Les stériliser est donc apparu non seulement comme plus élégant d'un point de vue de protection animale, mais aussi comme plus efficace, car les chats replacés au lieu de capture après stérilisation, continueront à occuper leur territoire et tendront à empêcher le repeuplement par des chats féconds.

Historique

Depuis 1995, notre équipe s'occupe de castrer/stériliser pour un prix modique les chattes et les chats harets, capturés par l'inspectorat de la SVPA aux quatre coins du canton. La nécessité de pouvoir reconnaître les animaux déjà stérilisés lors de la capture de ces populations s'est rapidement fait sentir et la demande de les identifier clairement a alors été formulée.

Les méthodes consistant à amputer une partie de l'oreille ou à découper une échancrure en « V », parfois pratiquée, nous ont paru soit trop mutilantes, soit trop incertaines. Les chats errants ont en effet souvent des lésions traumatiques des oreilles, résultant des conflits naturels entre chats et susceptibles d'être confondues avec des marques iatrogènes. Après réflexion, nous avons convenu avec l'inspectorat de la SVPA de pratiquer une perforation caractéristique, circulaire à l'oreille gauche.

Méthode

Nous procédons à cette perforation à l'aide d'un foret (biopsy –punch) de 6 mm de diamètre. Il est important d'utiliser un biopsy-punch au fil bien tranchant pour traverser sans peine et sans dilacération les trois couches de l'oreille, cartilage y compris. L'instrument prévu pour un usage unique peut toutefois sans problème être utilisé plusieurs fois.

C'est un acte simple et rapide à réaliser qui peut être confié aux auxiliaires vétérinaires. Comme il nécessite une anesthésie, nous le pratiquons juste avant ou juste après l'ovariectomie (ou ovariohystérectomie) des chattes et l'orchiectomie des matous. La perforation se situe dans le tiers distal du pavillon de l'oreille et sur l'axe médian.

Pour la pratiquer, il suffit d'appliquer fermement le biopsy-punch sur une face de l'oreille, l'autre reposant sur un appui dur (table d'opération). Une pression progressive permet de comprimer les vaisseaux de l'oreille avant de les sectionner.

Une légère hémorragie peut toutefois s'ensuivre mais elle cesse en général spontanément. On peut sinon la maîtriser aisément avec un thermocautère ou avec quelques gouttes d'un hémostyptique (adrénaline).

Des complications telles que infection ou othématome n'ont pas pu être observées jusqu'à aujourd'hui, malgré une expérience de plus de 300 patients.

Conclusion

Les animaux domestiques, en particulier les animaux de compagnie, sont par rapport à la faune, une sorte de prélèvement par notre civilisation humaine (mais souvent déshumanisée !) sur la nature, dont la légitimité philosophique est discutable. Les chats harets, plutôt que des transfuges, ne seraient ils pas en un sens nos ambassadeurs auprès de la nature ?

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